Révolution III, nous y sommes

Publié le par les_ministres

Le Ministère fait des efforts pour ne pas polluer notre jolie planète, notamment en utilisant des moyens de transports écologiques (si tant est qu un moyen de transport puisse être écologique...) 

 

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Alors pendant que Juliette joue avec les agrès des Quais du Rhône... 

 

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... Miguel, lui, se repose à l'arrière...

 

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... de notre magnifique limousine à presque pas de gaz à effet de serre !

 

 

Au passage je vous repasse ce petit texte reçu il y a quelques jours (merci Papa) :

   

"Nous y sommes" par Fred Vargas

 

Nous y voilà, nous y sommes.

Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de

l'incurie de l'humanité, nous y sommes. Dans le mur, au bord du gouffre, comme

seul l'homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu'elle lui fait

mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d'insouciance.

Nous avons chanté, dansé.

Quand je dis « nous », entendons un quart de l'humanité tandis que le

reste était à la peine. Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos

pesticides à l'eau, nos fumées dans l'air, nous avons conduit trois voitures, nous

avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons

voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des

tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le

désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu'on s'est bien

amusés.

On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre

la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre,

déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter

l'atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu. Franchement

on s'est marrés. Franchement on a bien profité. Et on aimerait bien continuer, tant

il va de soi qu'il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses

que de biner des pommes de terre. Certes.

Mais nous y sommes. A la Troisième Révolution. Qui a ceci de très différent des

deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour

mémoire) qu'on ne l'a pas choisie. « On est obligés de la faire, la Troisième

Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins. Oui. On n'a pas

le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis.

C'est la mère Nature qui l'a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec

elle depuis des décennies. La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme

les robinets. De pétrole, de gaz, d'uranium, d'air, d'eau. Son ultimatum est clair et

sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l'exception des fourmis et des

araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d'ailleurs peu portées sur la

danse). Sauvez-moi, ou crevez avec moi. Evidemment, dit comme ça, on comprend

qu'on n'a pas le choix, on s'exécute illico et, même, si on a le temps, on s'excuse,

affolés et honteux. D'aucuns, un brin rêveurs, tentent d'obtenir un délai, de

s'amuser encore avec la croissance. Peine perdue. Il y a du boulot, plus que

l'humanité n'en eut jamais. Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre,

abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en

partant, veiller à la paix, contenir l'avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne

pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à

voile, laisser le charbon là où il est, – attention, ne nous laissons pas tenter,

laissons ce charbon tranquille – récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour

le phosphore, on n'en a plus, on a tout pris dans les mines, on s'est quand même

bien marrés).

S'efforcer. Réfléchir, même. Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en

désuétude, être solidaire. Avec le voisin, avec l'Europe, avec le monde. Colossal

programme que celui de la Troisième Révolution. Pas d'échappatoire, allons-y.

Encore qu'il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l'ont fait

le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n'empêche en rien de

danser le soir venu, ce n'est pas incompatible. A condition que la paix soit là, à

condition que nous contenions le retour de la barbarie –une autre des grandes

spécialités de l'homme, sa plus aboutie peut-être. A ce prix, nous réussirons la

Troisième révolution. A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous

danserons encore.

Fred Vargas

Archéologue et écrivain

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Publié dans Scènes de vie

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